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Critique DVD du film Tu seras sumo



CRITIQUE DVD DU FILM TU SERAS SUMO

Film Documentaire de Jill Coulon d’une durée de 83 mn en vosfr

 

Introduction

Photographe depuis plus de 15 ans, Jill Coulon pratique le documentaire depuis maintenant une dizaine d’années. Assistante de la productrice Christine Le Goff pendant 4 ans, elle a participé à plusieurs coproductions internationales : The Wild Blue Yonder (Werner Herzog), E=mc2, une biographie de l’équation (Gary Johnstone) et les origines du sida (P. Chappele et C. Peix). Elle devient en 2006, assistance réalisatrice de Thomas Balmès, réalisateur-producteur sur le film « Bébés » sorti en 2010.

Soutenue par celui-ci, Jill Coulon va partir seule en 2008, en immersion dans une écurie Sumo au Japon ; « Tu seras Sumo/Shinbo » y sera tourné et sera plusieurs fois primé dans les festivals internationaux.

 

Ce documentaire relate l’histoire de Takuya, jeune japonais de 18 ans adepte de Judo vivant chez son père, avec lequel il entretient des relations tendues depuis la mort de sa mère 3 ans plus tôt, qui se voit quelque peu contraint par son père et par un ami de celui-ci, homme influent qui deviendra son sponsor, de devenir Sumo.

Pour se faire, il quitte amis et famille sans espoir de retour ; son père lui glissant en guise d’au revoir : « Imagine que tu reviennes ici sans avoir rien accomplie. N’y pense même pas ». Et c’est sur ces dernières paroles que Takuya quitte ses rêves, son insouciance, sa petite vie paisible pour la grande ville de Tokyo où il ne connaît rien ni personne.

 

 

Le parcours s’avérera difficile pour ce gamin déraciné et hagard qui ne trouve pas vraiment sa place au sein du redoutable cercle Sumotori. Takuya finira-t-il par trouver sa voie dans ce monde régit par la rigueur et la tradition ? Sera-t-il capable de franchir ce cap de l’adolescence le menant à l’âge adulte ?
 

Critique du film

Avec ce documentaire, on se glisse dans l’intimité de Takuya, un jeune japonais de notre époque. On se rend compte du poids que la société japonaise actuelle fait peser sur les épaules de cette jeunesse complètement perdue. « Il n’y a plus de place pour toi à la maison. Ne pense même pas à échouer ».

Des mots difficiles à entendre pour un jeune homme de 18 ans et cette phrase résonne aux oreilles comme un véritable coup de massue. Aucune autre alternative que la réussite ! On fête le départ de Takuya en grande pompe, on spécule déjà sur son avenir. Il doit tout quitter, il doit sacrifier sa jeunesse, ses rêves d’adolescent pour rejoindre une ville où il va devenir un anonyme parmi tant d’autres.

Cette nouvelle vie est un grand virage dans son existence. Il est perdu, il doute… Il doit apprendre les règles de la vie en communauté, la promiscuité, l’éloignement d’avec ses proches. Ces premiers repas d’apprenti sumo sont surveillés par les autres sumos, il faut manger une nourriture très riche régulièrement et en grande quantité. Takuya n’a pas vraiment le physique de l’emploi et se retrouve face à des montagnes de muscles souvent deux à trois fois plus imposantes que lui !

 

 

Cependant, malgré des entrainements difficiles et épuisants, l’ambiance entre sumo est joviale et bonne enfant ; le jeune homme est bien accueilli et soutenu au sein de l’écurie. Il découvre les premiers tournois et toute la solennité qui les accompagnent. Mais dans cet univers où tout lui est étranger, il se retrouve livré à lui-même alors qu’il ne connait rien du sumotori.

Impuissant face à ses adversaires, ne connaissant aucunes règles, il va perdre ses premiers combats mais il va très vite être grisé par la victoire et même être agréablement surpris lorsqu’à la fin du tournoi des débutants, il recevra ses premières marques de soutien ! D’ailleurs, ce tournoi des débutants lui permettra d’entrer officiellement dans le classement des lutteurs Sumo et d’obtenir son Shikona, son nom de lutteur : Kyokutaisei Takuya, la grande étoile du matin !

 


 

Mais le Sumotori doit être une vocation ! Au début, Takuya ne semble pas épanoui et pendant les premières semaines, la vie de sumo parait contraignante au jeune homme. Il doit s’entrainer, aller à l’école des sumo, manger énormément pour prendre du poids et vivre loin de sa famille et de ses amis lui pèse beaucoup.

Pourtant, il semble petit à petit se faire à cette vie quasi routinière rythmée par les entrainements, les repas, les corvées et les siestes. Il prend lentement ses repères et c’est un Takuya plus fort et plus costaud que l’on retrouve au bout de 2 mois au festival du printemps. Il compte sur la persévérance qu’il a acquis pendant ses 11 années de pratique du judo pour gagner ses combats, persévérance qui sera au rendez-vous puisqu’il gagnera le tournoi du printemps à Osaka.

 

 

Néanmoins, après 8 mois passé au sein de l’écurie, la lassitude s’installe, trop de corvées, peu de temps pour soi ou pour se reposer. Le doute le gagne… Son mal être devient visible mais sa détresse ne semble émouvoir personne, il est au contraire blâmer et enfoncer d’avantage. Les plus âgés l’exploitent et cela ne fait que lui renvoyer une représentation négative de lui-même.

Takuya est à l’image de cette jeunesse qui se cherche et ne sait quelle voie emprunter. Il comprend que le sumo est incompatible avec une vie normale. Il craque… Cette révélation lui fait peur et va lui faire prendre la grave décision de quitter l’écurie malgré la déception que la nouvelle occasionnera à son père.

Critique du DVD

Le documentaire est extrêmement bien filmé ; On pénètre avec curiosité dans ce cercle très fermé des lutteurs sumo. Leur quotidien rythmé par les entrainements (Keiko), les déjeuners gargantuesques et les siestes. Peu de place pour les loisirs et le temps libre notamment pour les débutants.

Le sumo, ce n’est pas que quelques bons hommes presque nus, à la forte stature effectuant des ballets dans la poussière et se jetant hors d’un cercle en se frappant les cuisses. 

C’est avant tout une discipline de fer et un travail épuisant, des gestes répétés inlassablement jusqu’à la perfection, un mental d’acier et une détermination à toute épreuve mais c’est également de la force à l’état brut ! Le poids des lutteurs variant entre 75 et 280 kg.

 

 

Ce documentaire se révèle riche en information, on y apprend les règles pour devenir un « Rikishi » (lutteur de sumo ou professionnel de la force), pratique réservé exclusivement aux hommes. Le but de la discipline étant de faire tomber son adversaire ou de le poser hors de l’aire de combat. Les futurs lutteurs sont repérés par un recruteur pour leurs qualités physiques, ce fut le cas pour Takuya, les autres sont des lutteurs universitaires qui vont tenter de devenir des professionnels (le Japon étant le seul pays à pratiquer le sumo au niveau professionnel). Les lutteurs sont rattachés à une écurie, la Beya.

Ils vont alors vivre selon le code de cette beya, leur vie étant réglementée par l’Association du Sumo. Une hiérarchie existe au sein de l’écurie. Le rang d’un lutteur déterminera son statut au sein du groupe et améliorera sa vie quotidienne (habillement, salaire, logement, temps libre). L’apparence du sumo est également codifiée : cheveux longs pour le port du chignon réglementaire et port du kimono traditionnel obligatoire à l’extérieur de la beya.

 

Conclusion

Petit bémol : le tout manque un peu de conviction et d’énergie à l’image du caractère réservé et discret des japonais. Beaucoup de soumission, trop peu de rébellion mais cependant cela reste une mine d’informations pour les passionnés de ce sport hors du commun et très peu connu des occidentaux : le Sumo.On passe un moment agréable en compagnie de ses lutteurs et apprentis qui malgré leurs carrures imposantes restent des hommes forts sympathiques et bouts en train.

Finalement, on s’attache à Takuya, gamin complètement désorienté et on suit son évolution avec intérêt, espérant sa consécration en tant que lutteur professionnel. On s’émeut avec lui, on pleure avec lui, on s’accroche avec lui aussi. On se surprend à vouloir lui crier « Non, n’abandonne pas ! Courage, tiens bon ! ».

 

 

Une réelle complicité entre Takuya et l’équipe en charge du tournage se dégage du film. On sent et on ressent les émotions qui se succèdent tout au long de la progression de Takuya, on le voit passer de l’adolescence à l’âge adulte, prenant des décisions qui auront un impact sur sa vie et sur celle de son entourage, le tout rythmé par une musique électro du groupe français dDamage qui colle parfaitement avec la cadence du documentaire.

Et même si des lenteurs apparaissent à certains moments, on ne s’ennuie nullement au visionnage de cette belle aventure humaine ! Bonne continuation à Takuya dans la voie qu’il s’est choisi !

« GAMBATTE KUDASAI ! »

Marino pour OJapon

Avis de Benjamin, webmaster du site Ojapon:
Entre le documentaire et film, Tu seras sumo nous donne l'occasion de découvrir pour la première fois la vie d'un sumotori. De son entrée à l'école jusqu'aux tournois, on voit la progression inédite du jeune Takuya.
On retrouve ici une certaine maitrise technique de la part de Jill COULON et le documentaire est très agréable à suivre.

On perçoit aisément les différentes émotions ressenties par le jeune acteur ainsi que les moments de complicité avec les autres membres. Si vous vous intéressés au Japon, il est toujours intéressant d'en apprendre plus sur ce sport exigeant physiquement et moralement.
Une belle réussite 

Le DVD du film est disponible à la vente :
- sur le site du distributeur Aloest : http://www.aloest.com/boutique/
- chez Amazon : http://www.amazon.fr/Tu-seras-Sumo-Jill-Coulon/dp/B00NEGP4BM
- à la Fnac : http://video.fnac.com/a7707855/Tu-seras-Sumo-DVD-Takuya-Ogushi-DVD-Zone-2