Au Japon, être assis « près de la fenêtre » n’est pas forcément un privilège. Le mot madogiwa (窓際) désigne un salarié que son entreprise a mis à l’écart : il garde son poste et son salaire, mais on ne lui confie plus de vraie mission.
L’expression madogiwa-zoku, « la tribu de la fenêtre », s’est installée dans le vocabulaire de l’entreprise japonaise. Elle dit beaucoup du rapport au travail dans le pays.
Une image très parlante
Dans les bureaux japonais, les bureaux sont souvent regroupés en îlots face au responsable. Le salarié madogiwa se retrouve en bout de rangée, près de la fenêtre, loin du flux des dossiers. Il regarde dehors faute de travail.
L’image a fait mouche parce qu’elle décrit une situation que beaucoup de salariés connaissaient, sans qu’on la nomme officiellement.

Pourquoi garder un salarié inactif ?
Activités à Tokyo
Dans les grandes entreprises japonaises d’après-guerre, l’emploi à long terme et l’avancement à l’ancienneté étaient la norme. Licencier un salarié permanent restait mal vu et compliqué.
Mettre un employé au placard permettait de le retirer des décisions sans rompre le contrat. Pour certains, c’était une façon de pousser au départ sans le dire.
Du madogiwa à l’oidashibeya
Une forme plus dure porte un autre nom : oidashibeya, la « salle pour pousser dehors ». Les salariés visés y sont regroupés avec des tâches minimes ou aucune tâche, dans l’espoir qu’ils démissionnent d’eux-mêmes.

Ce que dit la loi aujourd’hui
Le ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales classe ce type de pratique parmi les formes de harcèlement de pouvoir, la pawahara. Ses lignes directrices citent le « sous-emploi » : imposer sans raison professionnelle un travail très inférieur aux compétences de la personne, ou ne lui donner aucun travail.
Deux exemples y figurent explicitement. Faire effectuer à un cadre des tâches que n’importe qui pourrait réaliser pour le pousser à partir. Ne donner aucun travail à un salarié par pure hostilité.
Les entreprises doivent prendre des mesures de prévention contre le harcèlement de pouvoir. L’obligation s’applique aussi aux PME depuis le 1er avril 2022.
Ce que cela dit du Japon
Le madogiwa reste une notion familière pour les Japonais. Romans, séries et mangas d’entreprise s’en servent souvent. Si vous lisez des œuvres sur le monde du travail ou si vous travaillez avec des entreprises japonaises, ce mot vous aidera à saisir une nuance qui n’existe pas vraiment en français.

Sources
- Ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, lignes directrices sur le harcèlement de pouvoir
- Ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, obligation de prévention pour les PME
- Ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, questions sur le harcèlement au travail